Vendredi« Ca serait quand même con de s'être pris la claque du week-end le vendredi à 21 h ». Entendus à la buvette du festival, les propos du Shab (lecteur fm-r) sonnent comme prémonitoires. Séparé en 2007, Electrelane retrouve la Route du Rock dans le cadre d'une reformation estivale heureuse. Et c'est peu dire que les quatre filles du docteur Pop n'ont rien perdu de leur superbe. Une heure durant, les anglaises déroulent leur répertoire naviguant entre rock entêtant et pop frissonnante. Si les transitions ne sont pas toujours métronomiques, l'ensemble vous agrippe par le colbac et fait la quasi-unanimité dans les rangs festivaliers. Le récital des demoiselles de Brighton s'achève même sur deux reprises quasi-punk de « Smalltown Boy » des Bronski Beat (!) et « The Partisan » de Leonard Cohen. Merci.
Un peu plus tôt dans l'après-midi, Sebadoh s'était chargé de rappeler aux plus jeunes les délices du rock nineties. Questions anciens et héritage, Mogwaï et Aphex Twin n'ont pas à rougir non plus. Le concert des écossais s'avance tel une démonstration très (trop ?) technique faite d'ambiances planantes et de fracas sonore. Une efficacité qui caractérise aussi - dans un autre registre - le vétéran électro Aphex Twin, même si le paquetage visuel et sonore de son live semble aujourd'hui un peu usé. La déception de la soirée viendra finalement de Suuns. Un bon groupe, de bons titres, mais une scène certainement un peu trop grande pour les montréalais.
SamediCertains mauvais esprits ne retiendront de ce samedi que la déluge de pluie tombé sur le Fort Saint-Père. Six heure de flotte comme on en aura rarement vu en cinq ans d'Fm-r. Ce serait pourtant faire injure à d'autres évènements tout aussi majeurs de cette journée : les glissades dans la boue, le tractage de voitures embourbées sur le parking 3 et bien sûr une série de putain de concerts à te faire trépasser un gratte-papier de Magic : Low, Cults, Blonde Redhead, The Kills et Battles.
Si les premiers cités n'ont jamais aussi bien portés leur patronyme, leur pop mielleuse reste difficilement adaptée à un tel contexte climatique. On préfère donc rester au sec, à côté du stand de frites, avec une question en tête :« le buzz » de Cults passera-t il l'épreuve de la scène ? La réponse sera plutôt oui. Certes le show des américains et surtout la voix de leur chanteuse manquent encore d'assurance. Mais les perles de leur superbe premier album (« Go Outside », « Never Saw the Point »...) fonctionnent plutôt bien en live. « C'est le putain de concert qu'on a toujours rêvé de jouer. Merci à vous d'être restés malgré la pluie ». A revoir en club cet hiver.
Au tour de Blonde Redhead de se tremper les tiffs. Pour la petite histoire, le trio avait été contraint de stopper son concert malouin lors de l'édition 2004 à cause – déjà – de hallebardes tombant sur le fort. Pas question de débrancher cette fois-ci. Blonde Redhead livre un set de grande classe, tapant - un peu - dans le répertoire de son dernier album (Penny Sparkle) et - beaucoup - dans celui des précédents dont l'excellent 23. Le titre « Silently » marquera d'ailleurs le climax de la soirée. Un son superbe et une magie communicative pour un chroniqueur heureux sous sa capuche.
Récompense divine devant tant de grâce ? La pluie se fait plus maigre sur le Fort. Avant même de s'arrêter totalement au cours du concert des Kills. Malgré des rumeurs insistantes, le duo ne s'est finalement pas muer en ménage à trois dans les backstages. Kate Moss, nouvellement épouse de Jamie Hince, a préféré rester à la maison (au sec !) et donc laisser son guitariste de mari l'esprit tout à son concert. Bien lui en a pris. Le duo offre à Saint-Malo un concert brillant, à défaut d'être surprenant. La ballade « The Last Goodbye » parachève un set rageur et appliqué. Alors que les K-ways retournent dans les sacs, Battles monte sur scène pour clôturer la soirée. Assez hermétique à l'esthétique math rock, l'auteur de ces lignes se contentera de préciser que la livrée malouine des New-Yorkais sera unanimement saluée par les fans du groupe pour sa fantastique intensité.
DimancheBarres pâtissières, sodas et jeux de société, les derniers jours d'école sont en général plus pépouzes que les premiers. Pas du genre à virer conformiste, la Route du Rock éclabousse les conventions avec une dernière journée peu fournie en headliners. Un pari qui ne fonctionne finalement qu'à moitié.
La journée débute en douceur dans le très feutré Palais du Grand Large pour un plateau orienté folk. Excès de canettes oblige, ce n'est qu'à l'heure du dernier live que nous arrivons sur les lieux. Other Lives déballe ses vibraphones devant un auditorium aux yeux à moitié ouverts. Les mélodies aériennes des « fermiers » américains touchent juste, malgré la fatigue. Le temps de réveiller son voisin de fauteuil et direction le Fort Saint-Père pour la soirée de clôture. Devant une assistance encore un peu boueuse, Okkervil River tente de soutenir la glorieuse comparaison avec « Arcade Fire » avancée par le programme officiel du festival. Raté. Trop prévisibles, les compositions du combo américain frôlent l'encéphalogramme plat. #onsennuieamort
Guère plus d'enthousiasme pour Cat's Eyes. Le projet solo de Faris Badwan - chanteur de The Horrors - ne décolle pas vraiment en live. La troupe semble peu à l'aise sur scène et la rencontre annoncée entre pop et chant lyrique tombe un peu à plat. Dommage, car les titres plus « musclés » du set méritent sans doute meilleur sort. Sans surprise, la lumière du soir viendra du concert de Fleet Foxes : subtil mais soutenu, mélancolique mais euphorisant. White Winter Hymnal Lyrics » ou « Tiger Mountain Peasant Song » déroulent de grands espaces dans le Fort. Même la pleine lune, cachée derrière la grande scène, semble montrer sa satisfaction en rayonnant au son des hippies de Seattle. Applaudissements nourris.
« Il faut danser ! Pourquoi tu danses pas ? » lance une pouliche dans la foule. Sans doute parce que la voix complètement fausse du chanteur – éméché - de Crocodiles nous en a fait passer l'envie. Où comment saboter une réputation naissante. Pas grave, le week-end aura déjà été assez chargé en émotions musicales. Dans un climat de guerre des cachets et de profusion des festivals, cette Route du Rock 2011 confirme qu'il est toujours possible de rallier un public fidèle et passionné en misant sur une affiche racée même si peu ronflante. A l'année prochaine, avec des bottes
> Les +- Le deuxième but de la Team Fm-r dans son match contre l'équipe de la Route du Rock lors du tournoi Foot is not Dead. Score final : 2-1 pour les rumoristes. A voir en vidéo ici :
http://bit.ly/p8QbSv- L'équipe de sécurité du parking 3 qui vient nous aider à désembourber notre valeureuse clio de reportage.
- La venue sur scène de Kazu Makino (Blonde Redhead) pour le morceau Sweetie & Shag de Battles.
> Les -- Le volume sonore sur Mogwaï. Il serait temps que les festivals mettent en adéquation les campagnes d'information qu'ils mènent sur les risques auditifs et le volume des concerts qu'ils organisent.
- La ressemblance frappante entre la batteuse d'Electrelane et Chantal Jouanno.
- Le prix du billet d'accès au concert du Palais du Grand Large le dimanche : 22 euros.