|
25/05/2009 Nuits Sonores 2009 : live-report
| Report |
by berlintobarcelona pour fm-r
L’an dernier Lyon avait confirmé son nouveau statut de capitale française de la musique electronique. Cette année encore, les Nuits Sonores frappent fort avec une programmation en dehors des sentiers battus ayant de quoi rendre épileptique le moindre fan de techno. Le festival va totalement investir la ville pendant 5 jours, les BPM vont rebondir sur les murs de la cité en journée avant chaque nuit d’exploser du côté du Marché Gare. Me voilà parti pour un marathon ou le sommeil sera mon pire ennemi, le soleil mon compagnon matinal et les basses mon pacemaker.

Mercredi 20 mai - Nuit 1 :
Cas classique de la première nuit festivalière : des têtes d'affiche à n’en plus finir pour une conclusion mi-figue mi-raisin. Parce que sur le papier, y’a pas à dire, ça envoie du lourd, du massif, du qui colle aux dents. Rien que l’idée d’enchaîner Carl Craig avec Laurent Garnier avant Josh Wink et Agoria, ça me colle instantanément un smile indélébile. Je débarque sur le site, la fleur au fusil, prêt à en découdre. Les Nuits Sonores maintiennent une tradition hautement respectable : le changement annuel de site. Exit donc l’usine SLI de l’an dernier et bienvenu au Marché Gare, à la pointe sud de la presqu’île lyonnaise. L'endroit est des plus percutant : vaste, bien foutu, excellente scénographie, aucune saturation, propre,… Je m’attarde pour un premier état des lieux. Le côté industriel des scènes, avec au loin les grues, donne un aspect berlinois à l’ensemble. Le décor est idéal pour une ambiance rave old-school. Il est à peine minuit que Carl Craig balance déjà « The Bells » de Jeff Mills. Serait ce le signal de départ ? En tout cas, à cette heure-ci, fallait oser. Pour la peine mon petit Carl, je reste un peu. Même s’il la joue facile dans le choix des tracks, pour une entrée en matière, c’est plutôt couillu. Mais une nuit de techno ça se gère, il faut savoir s’économiser. Je m’échappe en douce pour voir le live de Rone, sur la scène 3, qui sera dédié au label Infiné d’Agoria. Le son est bien plus en adéquation avec un warm-up : une techno suave aux relents ambient-jazzy. D’autant plus que le décor en forme d’iceberg, modulable visuellement, est rapidement scotchant. Le temps file, le site est désormais complet, à peine le temps de voler sur la scène 1 pour la fin du set de Carl Craig qui achève sur le monumental « Strings Of Life » de Derrick May. Il fait 70° et les corps se frottent, la foule se densifie. Notre Lolo Garnier national débarque avec sa troupe et envoie un « Back To My Roots » démontrant que Detroit restera toujours la mecque. Mais la chaleur va avoir raison de mon corps, je viens de perdre 5 kgs en 15 min. Je me recule pour mieux apprécier le concert. La encore, la scénographie pousse au bug neuronale. Les lumières au plafond donnent l’impression qu’un avion vous atterrit en pleine tronche toutes les 2 secondes. Malgré un concert communicatif, le live est trop fourre-tout. Un « Crispy Bacon » remet tout le monde d’accord mais les passages drum’n’bass ou hip-hop ne sont pas des plus convaincants. Un petit tour à Clara Moto qui tape dans la techno de base mais ça ne m’atteint pas. Je reviens pour le finish de Garnier sur « The Man With The Red Face » et ça comble mes attentes. S’en suit un gros coup de mou dans la programmation. D’un côté Danton Eeprom la joue 100% dark-minimal avec un live beaucoup trop linéaire pendant que Radio Slave balance une techno faussement druggy et sans relief. Heureusement, à 4h, Agoria prend le relais pour un début de set parfait. Les 15 premières minutes de montées vont propulser la foule sur la lune. Ensuite, bienvenue sur l’autoroute de la techno puissante qui envoie sévèrement. J’ai connu Sébastien Devaud bien plus fin, mais force est de constater qu'il sait contrôler une foule. Voulant me reposer les conduits auditifs, je vais voir le set de Josh Wink. La aussi, nous sommes sur une 4 voies techno. Pas de concession possible, Wink nous gratifie d’un « Higher State Of Consciousness » acidifiant chaque connexion. Il fait grand jour à 6h du matin et les festivaliers sont désormais dans l’errance. Les regards hagards se croisent sans se voir. Les corps titubent. N’importe quel fan d’electro le sait, le moment paroxystique c’est quand le soleil se lève sur une montée puissante. A ce jeu, Agoria clôture parfaitement cette première nuit. Je me dirige vers la sortie et me rend compte que je n’ai pas foutu le pied sur la scène 2, dédié à la musique expérimentale (et au rock les autres soirs). En fait, je n’y foutrai jamais les pieds pendant les 3 nuits, sauf dans des moments d’égarements.

Jeudi 21 mai - Nuit 2 :
La nuit traditionnellement gratuite, celle faite pour déambuler dans les rues de la belle cité lyonnaise. En fait, c’est surtout une journée off pour les festivaliers, ça permet de se reposer avant le marathon du week-end. Il y a du son un peu partout dans la soirée mais c’est tellement saturé de partout que cela en devient vite saoulant. Les Nuits Sonores victimes de leur succès ? Un festival qui ne demande qu’à continuer sa croissance.
Vendredi 22 mai - Nuit 3 :
Après un après-midi à profiter des différents sound-systems du quartier St Jean, la nuit se profile. Ce soir, il y a dieu-bis (après Richie Hawtin, 1er au panthéon) qui va jouer pendant 5h. Last Night, Villalobos saved my life. Le public ne va pas s’y tromper et la scène 3 sera ridiculement trop petite pour le chilien. Une fois de plus, c’est complet et l'on voit bien qu’une bonne partie du public est venue écouter la bonne parole dispenser par le gourou. Ricardo Villalobos s’installe aux platines à minuit et commence son set calmement. Il prend son temps pour poser son ambiance. On pénètre dans le domaine de la musique insidieuse, celle qui vous prend voluptueusement par la main et qui va vous emmener très très loin. Une première basse se fait sentir au bout de 20 minutes, ça monte, ça prend son temps. Ce sont des préliminaires de premier choix. Puis la basse rebondit, la caisse claire claque et le voyage débute. Villalobos travail le son, on est très loin du DJset classique. Ici Monsieur, on fait de la musique ! Il n’hésite pas à superposer 4 ou 5 boucles de titres différents. Le résultat : on a l’impression d’écouter un morceau de 5h ou la moindre variation vous électrise l’hypophyse. Nous sommes dans le domaine de la techno mentale où les montées sont stratosphériques. D’aucun trouveront cela chiant et je peux aisément les comprendre, un set de Villalobos, ça demande une forte implication personnelle. On ne rentre pas dedans en 2 minutes, il faut laisser faire. Quoi qu’il en soit, je ne décolle pas durant 2h30 hypnotique. Je prends une des plus grosses claques de ma vie, c’est tout simplement la perfection absolue. Je me force à aller écouter Cut Chemist (que j’adore aussi au passage) mais rien n’y fait. Du turntablism funky, aussi bon soit-il, ne peut pas rivaliser avec la puissance de Ricardo. Je regagne la scène 3, la foule danse partout, le hangar dégueule de monde. Je me reprends une petite heure de Villalobos. Dizzee Rascal étant annulé, je vais quand même écouter un brin d’Erol Alkan qui le remplace au pied levé. Je vais me répéter, mais Erol Alkan fait de la merde depuis 3 ans. A chaque fois, j’y retourne dans l’espoir de retrouver l’Erol des débuts, à chaque fois je suis dégoûté. Il y a beau avoir de l’ambiance, je reste totalement hermétique à son set. Je persiste 30 minutes à écouter les montées acides qui finissent en pet foireux et les passages baile-funk-kuduro-hype-à-la-con et ressort me nettoyer les oreilles avec le chilien. La différence saute aux pupilles, Erol Alkan est un pousseur de disques pendant que Villalobos est un faiseur de musique. Entre temps, Agoria, le régional de l’étape, a rejoint Villalobos pour un ping-pong. C’est évident que sur le papier, c’est plutôt bandant mais je ne suis pas sûr que ce soit musicalement la meilleure association. Villalobos est meilleur quand il prend son temps. A partir de 5h, nous rentrons dans le battle plus académique. Les 2 DJ envoient cependant du lourd à une foule totalement extasiée. Je file écouter rapidement Beat Torrent mais j’ai l’impression d’être en division départementale à coté. Je rentre donc heureux, avec des sons pleins le cerveau.

Samedi 23 mai - Nuit 4 :
Schéma classique, une fois de plus : avant la dernière nuit, on râle, on n’en peut plus, on hésite presque à y aller. Les jambes ne suivent plus, la tête non plus. Mais là encore, un bon festivalier le sait, une fois sur place, la tête dans les enceintes, tout ira mieux. Je passe la journée à glandouiller entre la pétanque electro qui vibre au son du D.I.R.T.Y. Sound System, la guinguette electro qui met le feu dans les ruelles et la Garden Tsugi Party dont émerge un excellent live d’un mec inconnu du crew Tsugi et une prestation dispensable de Flairs. La nuit est tombée, le tramway qui roule vers le Marché Gare est rempli de kids en pleine poussée acnéique, ça gueule des slogans de match de foot et comble d’un esprit Eastpack rebelle, ça fume des clopes. Le public est différent ce soir, il a rajeunit de 10 ans. Papa et maman savent-ils vraiment ce que leurs jeunes pousses vont faire cette nuit ? Si Christine Boutin savait tout ça… Je commence par écouter passivement l’electro-hip-hop de Kid A mais c’est une horreur. Pendant ce temps, Tim Green gratifie le public d’un DJset binaire dans les cordes, sans surprises, mais qui se laisse porter. La scène 1 en profite pour se remplir. Les minots courent dans tous les sens. Il semblerait que ce soit la venue de Miss Kittin et The Hacker qui provoque cette ébullition. Les sons 80’s marinés dans la techno dark de The Hacker ne me touchent pas du tout. Le côté electro-pop qu’ajoute Miss Kittin n’est pas non plus concluant. Ca sonne limite cheap. Je m’ennuie ferme même lorsque le tube « Frank Sinatra » résonne. Mais l’ambiance est là, ça saute dans tous les sens, ça slamme. Les gamins semblent heureux, c’est peut-être l’essentiel. Mais ça me laisse perplexe quand on voit le coté daté de cette techno. J’en profite pour aller écouter rapidement Danger et ici on touche le fond du fond. Déjà que Justice est une atteinte au bon goût, je vous laisse imaginer ce que Danger peut donner. Heureusement, Dubfire prend les rennes de la scène 1 dès 2h du mat’. A partir de maintenant, c’est la dernière ligne droite, celle qui va m’emmener au bout de la nuit. La moitié de Deep Dish tape fort dès le départ avec une minimale résolument druggy à 130 bpm. C’est très efficace dans le genre. Bien entendu les enfants commencent à partir, et oui, on rigole moins maintenant. Je danse une bonne heure mais l’entreprise Dubfire est un poil trop linéaire. Ca manque de variations et de breaks. Ce n’est pas bien grave car la nouvelle idole des minettes, Brodinski, joue à côté. Le petit Louis sait y faire avec la foule. A chaque fois que je vois ce gamin, je ne peux que constater son évolution exponentielle. Sa technique s’améliore, il superpose avec aisance les sons mais reste trop brutale dans ses breaks. Il semble s’éclater et le public aussi. 4h du matin, il est temps de s’achever dans les limbes de l’enfer. Dave Clarke est aux commandes pour 2h de pure techno, 2h de ramonage de cerveau violent, 2h aux portes de l’enfer à danser avec Lucifer. Dave Clarke ne décollera pas un sourire, le mec est au charbon. Son set va être d’une puissance impressionnante avec des relents warpien addictifs. C’est éprouvant, physiquement épuisant mais terriblement prenant. Je suis obligé de sortir de temps en temps pour me remettre les idées en place tellement le mec s’amuse avec nos jambes et nos têtes. Le mix parfait pour clôturer le festival celui qui t’oblige à rentrer en rampant alors que les rayons du soleil transpercent ta peau.
BILAN :
7ème édition des Nuis Sonores lyonnaise et nouvelle confirmation de l’importance de ce festival. On ne parle pas seulement de programmation, mais aussi d’ouverture. Pendant 5 jours, Lyon a vibré au son de la musique electro. Du matin au soir, le son a envahi la ville, le tout dans une ambiance toujours sympathique, sans aucun débordement. Il faut dire qu’un festival urbain (qui plus est dans une métropole) se destine souvent à un public plus précis, plus pointu qui sait ce qu’il va voir et puis qui a le temps de se poser en journée pour se remettre de ses émotions nocturnes. Le festival a trouvé sa vitesse de croisière, il a su faire le plein chaque soir et pour quasiment tous les concerts spéciaux et a battu son record d’affluence avec plus de 65000 participants. J’ai une fois de plus passé des nuits anthologiques. Et je sais d’avance que je serai à nouveau présent l’an prochain. Il n’y a décidément aucun équivalent en France pour venir écouter de la musique électronique de qualité, rarement putassière, loin des buzz du moment. Les Nuits Sonores sont définitivement le Sonar français.
29/05/2009 Je sors à l'instant du live de Laurent Garnier au Bataclan.
Le set fut à peu près identique mais la réception différente. J'ai bien plus apprécié ce soir. Comme quoi, les attentes ne sont pas les mêmes selon le contexte. Aux Nuits Sonores, à 1h du mat, je voulais que ça bastonne. Au Bataclan, j'ai pris le temps d'écouter, d'apprécier les "respirations" que Garnier aiment. Et justement, le coté fourre-tout fut le point fort de ce soir.
2 concerts indentiques pour 2 point de vue différent.
Quoi qu'il en soit, Garnier reste le boss! by berlintobarcelona
26/05/2009 Merci.. tu m'as convaincu, l'année prochaine je vais à Lyon ! by Mlk
26/05/2009 moi suis d'accord, clara motto c'est de la graille....2 heures de house minimal...y a de quoi s'endormir grave by manolo
26/05/2009 Super plume, mais je suis pas d'accord sur tout..(erol, clara moto, kittin, ..) by enzo
25/05/2009 en effet, super bon report.
Ta vision de lolo garnier est bonne. A mon avis ses lives sont en effet un peu bling bling. Garnier à mon avis c'est du dj set de 4 h avec une machine infernale qui tourne et qui tourne... peut-être refera-t-il quelques dates dj après la promotion de son nouvel album.
carl craig qui ballance the bells c'est en effet surprenant...mais bon
et josh, the king of acid...hm
:) by manolo
25/05/2009 j'aurai plané avec toi, le temps des ces 6 paragraphes (même si pas d'accord, ou pas connaisseur). merci...
"et comble d’un esprit East-pack rebelle, ça fume des clopes" :) by Jogging Vert
25/05/2009 En voila un bon report, bien intéressant à lire ! Félicitations B2B by OscarTramor
|