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24/06/2008 Exigent et dépaysant, Primavera Sound 2008
Report
by Ceibe pour fm-r


Me voici enfin à Barcelone pour mon premier festival à l’étranger. Pas forcément le plus tape à l’œil au niveau des têtes d’affiche, mais certainement le plus exigeant dans sa ligne directrice (Shellac, Dinosaur Jr Devo, Portishead) malgré son penchant modéré pour le rock boum boum. (Simian ou Go Team.)

En préambule au festival, j’ai assisté aux concerts gratuits organisés dans la Sala Apolo durant deux jours consécutifs avec plus ou moins de bonheur.
Le premier jour commença difficilement avec un des nombreux groupes espagnols présent sur le festival. Certainement dans un soucis de représentativité, un grand nombre de groupes locaux sont invités et seuls quelques uns ont un réel intérêt pour les étrangers. Celui-ci, était mauvais, ses reprises façon acidulées de hits rocks connus étaient méconnaissables. Heureusement, peu après, DM Stith est venu se révéler à nous (mon gros coup de cœur du festival) C’est un type qui ne ressemble à rien et qui venu jouer seul nous scotchant réellement avec des mélodies tantôt à la Buckley, tantôt lorgnant vers Thom York, mais sans jamais copier. Enfin la conclusion fut magnifiquement signée My Brightest Diamond que je vous recommande de ne pas rater si ils passent près de chez vous.

Le second jour fut entièrement décevant, Mi And L’Au pourtant signé sur Young Gods Records est un groupe chiant et sans inspiration. SJ Esau ou Matt Elliott ne nous ont guère impressionnés et The Clientele avait un gout de déjà vu.On partira avant la fin… Cette soirée se termina pour moi de manière tragique puisque j’ai brisé ivre mort, un de mes orteils contre une marche, me baladant pieds nus dans ma salle de bain. Mes déambulations et peut être même mes appréciations durant le festival furent un peu handicapés par cet évènement rageant.

Ce qui frappe immédiatement sur le site du Primavera, c’est la qualité d’organisation (on ne fait jamais la queue pour rien) et le peu de monde. Le site n’est jamais encombré et on ne lutte pratiquement jamais pour se glisser devant une scène. Je compterais au meilleur 12 à 15000 personnes par jours. La seule véritable grosse influence fut pour le concert de Portishead sur la scène Rockdelux.
Un site avec des allées tout en béton, avec quelques pelouses ou points d’ombres, mais jamais bien situés par rapport aux scènes. En revanche, les scènes sont pratiquement toutes à proximité d’une tribune permettant de jouir des concerts assis ou debout.

Disposition :

Deux grandes scènes, Rockdelux, une grande arène ouverte les 3 jours essentiellement rock. La Estrella Dam ouverte vendredi et samedi avec les plus grosses têtes d’affiche des ces deux jours.
Trois petites scènes, Vice planquée et éloignée au bord du port avec un son aléatoirement douteux. Sous un toit et donc avec un son assourdissant, la scène CD Drome qui devient un club après minuit. Et la scène ATP qui fonctionne pratiquement en autarcie, complètement à l’écart, de loin le meilleur son et des concerts absolument pas synchronisés avec les autres scènes.
Enfin notre billet donne accès à un auditorium ou certains artistes (Portishead, Throbbing Gristtle, Young Marble Giant) ont la chance de se produire dans des conditions optimales.


Jour 1 – Jeudi

Boitant mais courageux, j’arrive sur le site pour voir Tachenko qui me confirme tout le mal que je pense de la pop espagnole, aussitôt conforté par Estrella de David. Je laisse une dernière chance au post hardcore de Moho, mais visiblement ils ne doivent jamais répéter ensembles.

On s’installe pour voir se dégonfler comme un ballon de baudruche la hype MGMT qui ne joue pas à la bonne heure. Les deux dernières chansons nous remuent un peu les guiboles, mais tout ça est peu inspiré. Au beau milieu du concert je laisse mes camarades atterrés pour aller prendre un coup de fraicheur à Mount Eerie ou The Microphones… Je ne parviens pas à saisir le nom de ce groupe. Folk gentille mais un tantinet chiante. Cette première journée cumule les déceptions, mais ce qui a suivit tout au long des trois jours m’a convaincu de revenir l’année prochaine.

A commencer par The Notwist en pleine ascension commerciale et qui fait sensation en scotchant son auditoire sur une grande scène et ils font assurément le gros casse du jour. De l’autre côté les injustement méconnus d’Eric’s Trip tentent de faire du mieux possible sur la CD Drome et ce son catastrophique.

Public Enemy performing It Takes a Nation Of Millions to Hold Us Back. L’un des meilleurs groupes de hip hop vient nous présenter son meilleur album. Après une intro assurée par 2DJ qui nous offrent un set de 15 minutes avec du rap 80’s, un peu de reggae et du Dub, dans une ambiance très zen, le groupe se met en place. Et là, c’est devenu très méchant. Un grand concert de fusion rock hip hop, comme on les aime, une basse un peu Fishbone, et une énergie comme ceux qui n’ont jamais vu NTM l’imagine. Le public, nombreux est aux anges, le concert fait l’unanimité.

Ayant eu la chance d’avoir vu Portishead précédemment sur cette tournée, je vais dormir devant Boris qui malheureusement s’est révélé caricatural dans un métal kamikaze. Le batteur fort bon avait un micro casque et poussait des hurlements plus tirés d’un manga que d’un concert de cette violence. J’ai par contre beaucoup aimé le final tout en bourdonnement par le mur des trois guitares saturées et le batteur barré dans la foule pour slamer. Je reviens vers Portishead et là stupeur. Brouhaha dans la foule, et le groupe joue sur scène dans l’indifférence de la moitié du public, un concert infernal et un public irrespectueux s’échangeant photos et jeux sur leur mobile. Le son est bon, Beth est en pleine forme, mais concert gâché, et mes copains verts de rage se jurant de retourner les voir le lendemain à l’auditorium dans de bonnes conditions (Le lendemain, concert identique, mais conditions optimales avec une Beth qui a finit par faire monter une partie du public sur scène à la fin pour danser avec eux. Hélas des gros retards les ont empêchés de voir Sebadoh…)

Pause repas devant Caribou, puis de nouveau rap avec les volumineux et doux rappeurs de De La Soul. 4000 personnes, surtout des fans ont été conquis par un set énergique, tout en humour et plutôt inspiré. C’est le show du trio qui est plaisant, aucune démonstration technique, on balance les samples et puis on joue avec le public qui a été très réactif. Je ne pense pas qu’un non connaisseur aurait en revanche eu la chance d’apprécier autant que moi.

Vampire Weekend enfin m’a déçu, non pas parce que le concert n’est pas bon, car ils jouent habilement avec le public et que le son était fort bon, mais parce que je trouve le groupe mauvais.
Rideau sur la première journée


Jour 2 – Vendredi
Intro de la journée allongé dans l’herbe devant la scène ATP à siroter des bières devant trois groupes de fort bon gout. Träd, Gräs Och Stenar d’abord avec une pop légèrement progressive tout droit des années 70. Le bassiste ressemble étrangement à mon bibliothécaire chauve pratiquement à la retraite… Ca vous donne une idée de leur look pas du tout rockn’ roll.
Le nom à coucher dehors du groupe suivant, MV & EE and the Golden Road ne m’avait pas incité à lire le descriptif. Cependant quand J Mascis (bassiste des Dinosaur Jr) monte sur scène pour monter une batterie, vous commencez à vous y intéresser. Sympathique groupe de folk rock à 2 batteries, qui est monté en puissance, très agréable en cette fin d’après midi.
Enfin l’apéro se termine avec le hardcore bordélique de Pissed Jeans.
Petite ballade sur le site, devant Bishop Allen (bof), No Age (Scéniquement inexistant, son naze, mais de bonnes chansons), Strange Death Of Liberal England (Grosse douleur aux oreilles) pour revenir finalement prendre son pied devant la scène ATP et le concert magnifique de Noise Folk et tout en charme de Six Organs Of Admitance. Je laisse mes copains se régaler devant Portishead. Je préfère voir Sebadoh qui a livré un efficace et sobre concert de rock. Il était amusant de les voir s’échanger les instruments tous les trois ou quatre morceaux et de continuer à sentir cette touche, ce son Sebadoh si particulier. Auparavant, Bob Mould (Ex Husker Dü) tentait de se dépatouiller comme il pouvait sur la CD Drome mais le son était tellement médiocre que ça ressemblait à du skate core californien sans saveur. Pendant ce temps là, The Sonics faisait un voyage dans le temps jusqu’en 1966 pour un public semblant très enthousiaste.

Voici enfin mon gros morceau du jour. Devo. Un concert jubilatoire ou il suffisait de connaître les best of tant ils n’ont pas pris de risque sur leur répertoire. Mais peu importe les meilleurs chansons sont dessus. On y va pour une qualité de spectacle, identique chaque soir, mais la fête est là, on ne boude pas son plaisir, on saute, acclame leurs personnages hauts en couleur et constatent avec amertume, que c’est déjà fini. Spectacle rodé, tellement rodé, que même la coupure d’électricité au rappel ne les a pas gênés pour continuer jusqu’au bout de leur fête.

Je suis resté quelques instants à A Place To Bury Strangers tant le son saturait en plus de leur son shoegaze. Dommage ça avait l’air d’être vraiment excellent. J’ai donc été voir Cat Power. Très bon concert avec un grand orchestre. Elle a l’air en forme, en fait voir de toutes les couleurs à l’éclairagiste en lui hurlant dessus, mais aussitôt vu, aussitôt oublié. La sensation Fuck Buttons devait certainement plus valoir le coup. En attendant Om, on se repose devant The Go! Team qui est une vrai dynamite à remettre la pèche.

Om, donc,  avec une heure de basse batterie sourde et lente, une atmosphère perturbante et monotone qui hypnotise. Derrière ça, Rumble Strips et sa pop euphorisante ne peut pas nous toucher. Le reste du public a répondu très favorablement.

Enfin la grosse fête Math Rock qui remue les jambes même à 4h30 du matin, Holy Fuck, a drainé un large public qui a finit par envahir la scène pour célébrer cette musique si bien réinventé par Battles et dont Holy Fuck continue les expérimentations !


Dernier jour – Samedi
Le dimanche fut incroyable par son enchainement de groupes qui valaient la peine. La pop espagnole a redoré son blason à mon niveau par les prestations encourageantes de Gentle Music Men ou Madee (ces derniers ont été plus incontants). Scoutt Niblett a pu prouver tout son talent dans le cadre parfait de l’auditorium. Son duo Guitare batterie a un peu de Shannon Wright, mais avec plus de fraicheur et de fragilité.

Nous filons sur la scène Vice ou la veille, le son avait été terrible pour A Place to Bury Strangers ou No Age. Et bien aujourd’hui, tout va bien, pour Mission Of Burma plus tard, mais également pour le magicien Atlas Sound. J’ai eu des frissons pendant tout son concert tant son electro pop a su me toucher et me parler. Habituellement réputé timide, il n’a pas cesser de déconner et de parler.

Rapide passage sur la grande scène ou Okkervil River se montre plus joyeux que sur album, mais ça ne me parle pas et puis paf, refrisson et moment de bonheur devant un groupe avec une très grosse envergure, Silver Jews. Les pop songs de l’album prennent une autre couleur, la scène leur donne une seconde vie. Pas d’artifice, c’est honnêtement américain et fort plaisant.

Petit creux avec Dirty Projectors qui semblait fort bon, puis Stephen Malkmus qui est moins inspiré qu’avec Pavement, mais il y a tellement de choses à voir que les jugements sont parfois altérés. Il faut dire que depuis quelques heures je me fais une joie de voir Throbbing Gristle dans l’auditorium.

L’evènement Throbbing Gristle, Concert sans véritable surprise, c’est un son indus oppressant, on a toute la salle qui vibre en permanence, on en prend plein les oreilles. La redondance des sons provoquent une légère somnolence, mais une vidéo d’une violence rare (ablation des testicules de Genesis P Orridge, le chanteur) vous tire définitivement du sommeil. Encore une chanson abyssale, avec des sons sous marins, un décollage d’avion, un rappel plus mouvementé et puis on sort, sonné par la voix de Genesis P Orridge qui résonne encore, et puis par cette expérience plus bruitiste que musicale… Et dire qu’après ça il faut encore se cogner des concerts.

Je vois la fin de Morente Omega et des (excellents) Lagartija Nick dans un concert hardrock/flamenco qui ne me concernait pas. J’aurais mieux fait d’aller voir Mission Of Burma, ou Deerhunter ou les retours furent formidables.

Dilemme du week end, Dinosaur Jr ou Shellac. J’opte pour les premiers. Dinosaur Jr est en tournée sans rien à vendre et on a le droit à un sensationnel best of avec un super son et un groupe généreux sautillant devant les murs de Marshall. Le public ne semble pas connaisseur et réagit peu, mais wah, quelle set list. Je vais voir la fin de Shellac qui joue dans un brouaha incroyable. Je rentre instantanément dans le concert. Faut dire qu’ils terminaient par un End Of The Radio complètement hallucinant. Je les reverrai heureusement une semaine plus tard.

Des chroniques récentes m’avaient planté un portrait peu flatteur des prestations scéniques de Tindersticks. Mais que nenni ! Un orchestre (cordes, cuivres, au moins 20 musiciens) accompagnaient l’incroyable voix chaude du chanteur qui semblait vraiment ému d’être là. Une vraie présence qui fait vivre le concert. J’ai tenté l’évasion vers Les Savy Fav au beau milieu, mais à ma grande déception, en dehors du look d’ours hirsute et de l’humeur imprévisible du chanteur, c’est un groupe pénible, et sans talent. Vite, retour vers Tindersticks

Pour finir Animal Collective que j’appréciais beaucoup avant ce concert prétentieux et sans imagination, Para One (boum boum boum, j’agite les bras) qui a défoulé et une fin tout en finesse par Aparat Band, fort en retard mais dont les doux synthés nous ont permis de débriefer avec sourire de trois jours de bonheur.


Au final, le site est plutôt plaisant malgré la magnifique déchèterie nous apportant au gré du vent de magnifiques embruns. Et puis il y a cette programmation indé qui pardonne tout. Elle semble moins impressionnante cette année, mais la qualité demeure et c’est avec grand plaisir que je renouvellerai l’expérience.





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